Perdu dans l’Univers (Nouvelle à lire en ligne)




Perdu dans l’Univers


Quand on est malin, songea lugubrement Matson, on ne prend jamais d’aller simple. Pour n’importe où. Pas même pour Boise, dans l’Idaho… pas même pour traverser la rue. Quand on part, il faut s’assurer que l’on pourra revenir, d’une manière ou d’une autre.

« Mensonge et compagnie. »
Philip K. Dick

Préambule.

Cette nouvelle date un peu, écrite 2012 et éditée en 2013 dans un recueil hommage à Philip K. Dick. À l’époque son style était un peu trop lourd et souffrait de quelques défauts. Une version plus longue, mais elle aussi avec quelques défauts existe dans le recueil « Aliens, Vaisseau et Cie », sous le titre « Les rescapés du New-Éridan ». Voici la première version revue et corrigée, tout en gardant l’idée de faire référence à l’Univers complexe de Philip K. Dick.


La disparition du New-Éridan

A l’instant où la sonnerie stridente le tirait du sommeil, Micka sut que ce n’était pas un exercice. Son cœur s’emballa, mais il réagit immédiatement dans la lumière diffuse de sa cabine. Ses pieds se glissèrent dans les chaussures antigrav et il sauta jusqu’à la porte. Par réflexe, il saisit son gilet antigrav et se faufila dans le couloir. Au milieu de l’éclairage rouge et jaune que striaient les lampes tournantes d’alerte, une forte odeur de brûlé lui piqua les narines. Il ne put retenir un tremblement, avançant en direction de l’avant du vaisseau. Dans sa tête, un maelstrom d’inquiétudes et de peurs s’entrechoquait. Brusquement, la voix du commandant retentit, le faisant sursauter :
– Alerte zéro-trois-zéro.
Forte, distincte, dénuée de tout affolement ou de peur, presque déshumanisée, elle égrena ses instructions :
– Tout le personnel navigant sur la plateforme de commandement. Tous les techniciens dans la salle des machines.
Micka ne put retenir une grimace. « Tout le personnel du vaisseau » se résumait à neuf adultes : trois navigants, trois techniciens et trois scientifiques auxquels s’ajoutait la pièce rapportée. Lui. Né durant le voyage.
À l’extrémité du pont où était sa cabine, il sentit que ses yeux commençaient à pleurer. L’odeur de brulé le prenait à la gorge et une étrange fumée, irritante, flottait dans l’air. Malgré l’angoisse qui montait de sa poitrine, il s’obligea à respirer doucement et à se baisser comme il l’avait appris. Il se décida à enfiler le gilet, le grippant aux épaules et au ventre, puis, d’un coup de poing rager, activa le magnétoliseur de ses chaussures. Il n’aurait pas à s’inquiéter de savoir de l’orientation de son corps, quelle que soit la paroi sur laquelle il marcherait.
Le message du commandant retentit une nouvelle fois. Son angoisse se transforma en peur en comprenant que c’était un enregistrement qu’il en entendait et non son probable-père. Ce qui voulait dire que Dasha, l’IA de bord était trop occupée par le problème qui avait déclenché cette alerte.
Dasha avait été claire à ce sujet :
– Si, un jour, tu ne m’entends pas diffuser moi-même un message, alors la situation est grave. Cours jusqu’aux capsules de survie. Sans réfléchir ni hésiter !
Mais il était incapable de courir. La fumée le suffoquait, l’empêchant d’y voir clair et de se déplacer facilement. Alors qu’il ne fallait que quelques secondes pour rejoindre la rampe d’accès au troisième pont, il ne l’avait toujours pas atteinte.
Puis, à son vif soulagement, l’échelle de montée se dressa devant lui ; il s’y jeta dessus pour en agripper les barres. Pour les relâcher aussitôt sur un cri de douleur. Le métal était brûlant. Dans l’ouverture circulaire, il vit des flammèches et des étincelles sautaient du panneau latéral sur le pont supérieur.
– C’est impossible, songea-t-il.
Le vaisseau était en métal et en matériaux ignifuges ; il avait appris qu’ici le feu et l’eau n’étaient pas d’aussi graves dangers qu’ils l’auraient été sur une planète. C’était l’air et l’oxygène qui en étaient un. Parce qu’il pouvait disparaître en cas de dépressurisation ou transmettre une explosion.
Une brusque embardée du vaisseau lui arracha un nouveau cri de peur puis de douleur lorsqu’il tomba en arrière et que son dos heurta la cloison. Il devina la coupure sur sa paume déjà brûlée, l’entaille, le sang qui suintait. Il grogna, se força à se redresser. Il fallait à tout prix contourner cette zone et gagner l’autre échelle. Faisant brusquement demi-tour, il se rua jusqu’à l’écoutille quatre, longea la première cale et se laissa tomber dans la salle d’entretien. La sirène n’avait pas cessé ; les lueurs mouvantes étaient devenues bleues et orangées. Ordre immédiat d’évacuation et d’abandon du navire.
Sa course devint saccadée. Il se rua sur la proche porte, mais elle refusa de s’ouvrir. Il tempêta, frappa le contacteur d’ouverture de toutes ses forces. Sans résultat, alors que l’appareil l’avait identifié. La panique lui serra le cœur. Les larmes jaillirent, lui brouillant la vue. Il les essuya d’un geste rageur en réalisant que l’écran holographique indiquait un danger de l’autre côté de la cloison. Le feu ! Le feu avait gagné le vaisseau… Il était pris au piège. Il gémit et appela sa mère. Mais nul ne l’entendit ou ne put lui répondre. Courant, titubant, se cognant contre les parois, il rebroussa chemin et se laissa tomber dans la cale principale, où les lueurs d’alerte étaient encore jaunes et rouges.
Dans sa tête, les hululements des sirènes se transformèrent en hurlements d’épouvante. Comment le feu pouvait-il avoir pris dans un bâtiment de métal, réputé totalement ininflammable ? Sa voix monta brusquement dans les aigus alors qu’il tombait sur les fesses, stoppé avec brutalité par une barre de composés carbonoxés. Il ne reconnut le visage humanoïde de Vaneck qu’en entendant sa voix :
– Pas de ce côté, garçon. Suis-moi ! Les capsules sont accessibles ici.
Hagard, le corps tétanisé, l’esprit incapable de réagir et de réfléchir, Micka suivit le robot en courant, plongeant avec lui vers le niveau inférieur et chutant lourdement sur le sol lamellé devant les capsules de survie. Vaneck avait déjà ouvert l’une d’elles et, sans laisser le temps au garçon de souffler ni de comprendre ce qui lui arrivait, il le saisit et le propulsa à l’intérieur. Micka se réfugia dans l’un des sièges de pilotage et regarda l’androïde s’installer tout en enclenchant fermoir et éjecteur. La cupule sécurisée se verrouilla. Les rails magnétiques vrombirent ; les barres de sécurité les bloquèrent contre le dossier. Puis ce fut l’accélération brutale en direction de l’iris qui lui parut s’ouvrir bien trop lentement. La capsule se retrouva propulsée dans l’espace sombre. Malgré les g qui le bloquaient, l’enfant parvint à activer les caméras, avant de porter sa main contre la bouche et de la mordre jusqu’au sang. Le vaisseau brûlait dans le vide. Son imposante proue était écrasée, broyée par une force titanesque, compressée par le poing d’un géant sidéral.
Le poste de commandement avait disparu.
– Ils sont vivants, hein, dis ? balbutia-t-il. Il y a des survivants ?
– Non, hélas, jeune Micka ! Ta mère a pu activer mon système d’urgence pour te protéger, mais c’est tout. Le château de commandement a implosé et toute l’équipe est décédée. Les salles des moteurs et des atomiques n’ont, elles non plus, aucun survivant. Même Dasha est agonisante et ne me parle plus depuis longtemps. Si tu avais été sur l’un des ponts…
La voix de Vaneck était froide, impersonnelle. L’humanoïde s’activait sur le panneau de commande de la capsule, lançant des modules de vérifications sur chaque partie active. Puis il s’immobilisa et laissa ses circuits échanger avec ceux du minuscule engin. Le garçon gardait les yeux rivés sur le vaisseau qui commençait à s’amenuiser, toujours propulsé par ses moteurs. Soudain, ces derniers lâchèrent alors qu’il n’était plus qu’un mince trait clair dans le vide interstellaire. Un cercle de lumière apparut brièvement puis l’albédo du navire se fit éclatant avant de s’effondrer. Mince ligne d’abord, puis un point ridicule qui disparut à son tour.
Au même instant, la capsule se mit à frémir, arrachant un cri au garçon.
– Ce n’est rien, murmura le robot. La rupture des liaisons infra avec le vaisseau ne nous arrive que maintenant. Ce n’est qu’une réaction de l’IA réduite de la capsule.
Mais Micka n’écoutait pas. Son visage n’était plus que larmes; il se recroquevilla sur lui-même, malgré la douleur des barres de maintien et des protections qui l’écrasaient. Puis il se sentit partir et s’évanouit.

La capsule de survie

La capsule flottait dans l’espace depuis plus de deux-cents heures. Malgré les recycleurs, l’air commençait à sentir le renfermé, mêlé à l’odeur aigre de sueur et de peur du garçon. Les jets nettoyants n’étaient pas aussi puissants et aussi efficaces que ceux du vaisseau et Micka en faisait l’amère expérience.
Il avait refusé avec la dernière énergie de se glisser dans un sommeil sans rêves en s’allongeant dans une capsule cryogénique. Le robot n’avait insisté et avait accepté sa décision bien plus facilement que le garçon ne l’aurait cru. Ce dernier savait qu’il n’avait était vain et illusoire d’espérer quelque secours ou aide dans cette immensité. Deux des six balises de détresse avaient quand même été éjectées en direction des amas stellaires où se trouvait la civilisation.
À quelque quatre années-lumière de ce système.
Sans espoir.
Le New-Éridan avait été un vaisseau d’exploration scientifique et industriel, venu dans ce secteur spatial pour rechercher des planètes à haute densité métallique, pour le compte du consortium minéralier JKil’D. En tenant compte de la distorsion temporelle, il était parti quinze ans auparavant et ne devait revenir que d’ici une huitaine d’années terrestres ; il n’avait gardé le contact avec les planètes humaines que lors de rares échanges avec des cargos croisant en périphérie de leur zone d’étude.
– Cinq mois, lui avait expliqué Vaneck. Au mieux, ce serait cinq mois pour deux humains adultes éveillés. Or, tu es en pleine croissance ; ton corps a besoin d’énergie et d’exercices. Peut-être pourrais-tu disposer de huit ou neuf mois en restant éveillé. Mais, au final, tu n’auras d’autre possibilité que rejoindre l’un de ces lits et de t’y laisser endormir.
– Pour me réveiller dans combien d’années ? Sept ans dans le meilleur des cas ? Peut-être plus… Non ! Certainement plus. M’éveiller en étant devenu vieux. Tu vois ça ? M’endormir à treize ans et me réveiller à vingt ? Merde ! Ça non ! Non ! Pas comme ça !
– Ta croissance et ton vieillissement sont ralentis en cryogénie.
– Tu parles ! On est hors de l’écliptique du système. Il faut bouffer un tiers de l’énergie pour approcher du périhélie de cette foutue planète qu’on voit là-bas. Ça nous laisserait l’espoir de profiter des attractions conjuguées du soleil et de la planète pour filer vers la route des cargos. Non ! Merde !
Ses accès de rage alternaient avec les pleurs et les lamentations. Il ne savait même pas ce qu’il pleurait le plus. La perte de sa mère et de tous ceux du vaisseau – ou sa solitude et la certitude d’être perdu à jamais dans cette immensité sans fin. C’est lors du neuvième cycle, alors que la planète jaunâtre, bardée de plaques rouges et violines, commençait à s’apercevoir sans grossissement, qu’il posa la question :
– On l’a répertorié, ce foutu globe vineux ?
– EPK 987-15. Pas d’intérêt géologique ni minéralier. Sa seule curiosité est son satellite que ta mère avait nommé Dath.
Le jeune garçon ne répondit pas, mais son regard fixe se mouilla légèrement. Il soupira et finit par demander :
– Pourquoi une curiosité ?
– Pour faire simple, disons que, comme la lune de la Terre originelle, la période de rotation de cette lune est la même que sa période orbitale ; elle présente donc toujours le même hémisphère à la planète EPK 987-15. S’y ajoutent deux curiosités. D’abord le plan de l’écliptique de la planète coïncide avec l’équateur céleste du système. Ensuite, l’orbite du satellite est placée sur l’axe des pôles et il présente, grâce à tout cela, toujours le même hémisphère au soleil.
– Euh… ça nous aide pour quitter ce coin ?
– Non.
– C’est bien ce que je pensais. Complètement débile comme curiosité.
Le soupir qu’il poussa dut s’entendre jusqu’aux fins fonds de la galaxie locale. Il était coincé. Là. Dans ce minuscule vaisseau à peine capable de se déplacer et de se diriger. Pitoyable tube de métal au milieu de l’immensité, au cœur du vide qui l’entourait. Simple suppositoire qui glissait dans le cul de l’enfer, comme aurait dit Marj, le plus grivois des techniciens, dont le langage, plutôt… imagé, faisait froncer les sourcils de sa mère lorsque Micka avait le malheur de laisser quelques-unes de ces métaphores franchir ses lèvres de presque adolescent.
– Merde ! C’est trop bête ! On va crever là, hein ?
– Non !
La réponse laconique du robot surprit le garçon. Il n’avait posé sa question que par réflexe, sans croire un seul instant qu’il lui soit possible de s’en sortir vivant, ou alors dans un bien triste état, prématurément vieilli par des années de sommeil artificiel.
– Comment ça ? On va s’en sortir comment ?
– Je n’ai, pour l’instant, aucune idée du comment. Mais je pense savoir pourquoi tu vas t’en sortir, garçon.
– Pourquoi ? Pas comment ?
– Oui. Tu as tout perdu, n’est-ce pas ? Tout et donc ta mère aussi.
Micka serra les poings et les mâchoires, mais acquiesça.
– Tu n’as rien ni personne qui t’attende dans cet univers. Nulle famille que tu connais ou qui te connaîtrait. Aucun être humain auquel tu serais lié. Ton existence n’est pas connue. Quelques lignes dans le journal de bord envoyé voici plus de douze ans. Rien d’officiel. Tu ne sais même pas ce qu’il se passerait si tu rejoignais une planète occupée par ton espèce. Tu ne sais pas quel accueil te serait réservé, ni par les humains ni par la famille de ta mère. Seule la mémoire de cette capsule qui contient le double du journal de bord, transféré par les systèmes de sécurité, pourrait accréditer ce que tu dirais. Permettant, peut-être, à un humain de te croire. Toujours d’accord, garçon ?
– Je… Oui…
L’enfant baissa la tête, fronçant les sourcils de dépit et de rage contenus, une rage d’une intense fureur. Le robot ne cherchait pas à l’accabler ; il se contentait de lui énoncer la réalité et la vérité. Du moins, celle qu’il percevait et computait.
– Pourtant, malgré ces évidences, tu restes chargé de vie, d’une ténacité et d’une hargne de survivre. Depuis l’événement, tu as pleuré, crié, juré, mais uniquement sur la perte de ta mère et de ceux qui t’entouraient. Hum ! Ainsi que sur le fait que tu n’arrivais pas à changer les choses. Tu ne t’es guère lamenté sur ta personne. Ni abandonné à l’adversité. Tu n’as pas songé à oublier, en t’enfonçant dans le sommeil.
L’androïde se tut, fixant les holoécrans et la lointaine EPK 987-15, avant de se tourner vers le garçon :
– Tu veux vivre. Mon rôle à moi, c’est de te permettre de retrouver ta race, de te permettre de vivre.
Le silence s’installa. Puis le jeune garçon demanda, tout à trac :
– Y’a de l’air, de l’oxygène, sur ce satellite ?
Le robot ne répondit pas directement. Vaneck avait été son éducateur ces cinq dernières années et ne manquait jamais l’occasion de le faire réagir et apprendre un peu plus.
– Pourquoi cette question ? Tu n’as activé aucune analyse atmosphérique et aucune information n’a été transmise en ce sens à ton senso-capteur temporal. Qu’est-ce qui te fait penser qu’il pourrait y en avoir.
– Tu as parlé du satellite et pas de la planète. Donc cette lune est importante ! Vaneck, redis-moi pourquoi le New-Éridan a explosé. Non ! Pourquoi il a implosé, pourquoi son nez s’est replié sur lui-même. Ce n’est pas un accident, n’est-ce pas ?
– Je ne sais pas exactement. Il est possible que ce soit un accident… provoqué par l’ignorance, peut-être… ou par quelque chose d’extérieur…
– Comment ça ?
– Je n’ai pas toutes les données. Je ne peux pas te répondre correctement. Je te l’ai dit et redit trente-sept fois exactement depuis que cela s’est produit. Je n’ai rien de nouveau. Rien de plus parce que rien dans les mémoires de la capsule n’a été échangé avec le vaisseau.
– Extrapole ! Paska ! Tu sais faire ça !
– Un objet s’est matérialisé sur le pont de commandement. Un objet flottant et globulaire dont je ne sais rien, hormis quelques bribes d’informations issues des autres robots et de l’IA centrale. Cet objet, ou cette entité peut-être, a tenté d’entrer en contact avec le commandant et les scientifiques. Mais cela n’a pas été… conforme. L’objet s’est retourné tel un gant, comme soumis à une force immense. Le château du New-Éridan a paru subir la même force et des circuits se sont enflammés ; le feu s’est propagé inexplicablement dans tout le vaisseau. J’étais déjà en train de foncer vers ta cabine. Je n’ai pas reçu la suite des données. La liaison a été coupée quand la proue du vaisseau s’est aplatie…
Le cerveau du garçon était en ébullition, mais il parvint à balbutier :
– Je… Cela venait de cette planète ? De sa lune ? C’est ça ?
– Le train d’ondes qui guidait cet objet venait de là. Oui ! Vraisemblablement de cette lune. Vraisemblablement, car son analyse laisse comprendre qu’elle est n’est pas d’origine naturelle.
– Tu veux dire qu’elle a été fabriquée ? Elle est artificielle ?
Micka se leva du siège et fixa intensément l’espace et la planète, cherchant mieux distinguer la minuscule bille qui gravitait autour d’elle.
– Paska ! Artificielle ? Euh… y’a des types… des… je veux dire des espèces d’aliens dessus ? Des eupéka-neuf-cent-quatre-vingt-sétiens ?
– Notre capsule n’est pas assez puissante pour nous le dire à cette distance.
– Dans combien de temps, on le saura ?
– Avec la meilleure trajectoire possible, dans soixante-douze à soixante-quinze heures. Il suffit d’attendre.
– Aye aye aye ! Chiça ! Tout ça avant de savoir…
– Marj avait un bon élève, je constate. Tu sais pourtant que ta mère n’apprécierait guère ce genre de vocabulaire.
Le garçon haussa les épaules et, retirant le peu de vêtements qu’il portait, se glissa sous la douche sèche. Puis il remit un short propre et se jeta sur les cosses de nourriture, aspirant la pâte gluante sans même y songer. Quand il se sentit partir, il réalisa que Vaneck avait drogué l’un des tubes. Il tenta de résister, mais en fut incapable. Ses yeux se fermaient ; s’il avait eu un crablaser, il l’aurait sans doute utilisé contre le robot. Ce dernier le prit simplement dans ses bras, sans s’en inquiéter, et le déposa dans l’une des couchettes de sécurité.


La lune creuse

Lorsque Micka se réveilla, la tête lui tournait, sa bouche était pâteuse. Il aperçut le robot sur le côté de la coque d’ensommeillement.
– Je…
– Ne bouge pas ! Tu t’éveilles de quatre-vingt-six heures d’affilée et d’une petite opération. Un début inflammation abdominale, une appendicite était en train de se former en toi. Pour éviter fièvre et infection, j’ai dû t’endormir. Tu es encore faible.
Le dosseret arrière se redressa lentement et Micka se retrouva assis, le dos incliné en arrière. Il parvint à baisser la tête et aperçut deux minuscules boursouflures encore rougeâtres sur le côté de son ventre.
– Une appendicite ? Je… C’est quoi ? …
– Une inflammation de l’appendice iléo-cæcal. Elle ne serait pas survenue à un moment adéquat. Tu as reçu des antibiotiques à dispersion régulée. Tiens ! Bois ceci ! Après, tu devras manger.
Micka s’exécuta, tandis que le robot débranchait cathéters, sondes et senseurs placés sur son corps. Dès qu’il fut libéré, il se leva en hésitant, enfila sa mince combinaison d’astronavigation frappée du monogramme blanc du New-Éridan, cligna des yeux… Il dut se retenir en posant les pieds au sol puis, titubant, parvint à avancer jusqu’à se laisser choir dans l’un des sièges de pilotage. La planète occupait une partie de l’holoprojection, devant lui ; sa lune était parfaitement visible. Il activa son disque temporal et scruta les données qui s’affichaient devant lui.
– Ouah ! C’est vraiment artificiel, Vaneck. C’est fou ! Cette lune est creuse.
– Oui ! L’analyse indique l’absence d’atmosphère extérieure, mais la présence de nombreux gaz internes. Gravité de surface proche de sept-mètres-sept-cent-quarante-deux par seconde carrée.
– D’acc ! Zéro sept g quoi. Presque la pesanteur de la capsule.
– Diamètre de 1815 kilomètres. Épaisseur moyenne de l’écorce de 21 kilomètres. Noyau central de 1794 kilomètres, soit un espace intercostal variant de 10 à 20 kilomètres dans l’écorce.
– Y’a du monde ?
– Aucune réponse aux signaux que j’ai envoyés. Rien dans les ondes radio, luminiques ou quantiques. Deux sondes lancées, il y a trois heures et dix-sept minutes. Alunissage dans deux heures quarante pour l’une. Fin de survol de l’équateur lunaire pour l’autre dans trois heures trente-neuf minutes. Premières informations utilisables d’ici quatre heures.
– Si… Ouais, si elles sont pas aplaties, elles aussi.
– Effectivement. Mais réaction n’a été constatée. Aucun objet ne s’est approché de nous ni n’est apparu dans la cabine.
Micka accepta sans rien dire les tubes de nourriture et boisson que lui tendit le robot. Son regard ne quittait pas la lune artificielle, suivant l’avancée des sondes. Lassé que ne se produise, il se leva, se glissa dans l’espace libre de la cabine et fit quelques exercices d’assouplissement, essayant de vider son esprit. Il se remit en short et se força, malgré la douleur de ses muscles et de son bas-ventre, à bouger et se fatiguer, jusqu’à sentir la sueur couler. Ce n’était guère intelligent, car il gaspillait le précieux oxygène et produisait trop de dioxyde de carbone. Mais quand il retourna dans la coque de pilotage, douché de sec et vêtu de propre, il se sentait plus calme. Micka passa les heures suivantes à scruter et analyser toutes les données reçues, ne cessant de questionner le robot. Par instant, il se figeait, les yeux dans le vague, silencieux avant de reprendre ses observations. Puis, soudain, il parut se réveiller et sauta sur ses pieds en criant :
–Les sondes ! Elles ont trouvé des ouvertures ! Des grottes artificielles ! Des ouvertures avec du métal ! Avec du… Waouh ! Du métal transformé, travaillé ! Vaneck ! C’est un monde avec du monde !
Le robot ne dit rien. Durant de longues secondes, il computa à folle vitesse, sans rien afficher sur les écrans holographiques. Puis il murmura :
– Regarde !
Une vue plongeante de l’une des ouvertures de l’écorce lunaire s’éleva devant eux, couvrant toute la paroi d’affichage et de commande. Micka eut un sursaut. La projection, d’un réalisme et d’un détail époustouflant, montrait un gouffre immense, assez large pour avaler plusieurs centaines de capsules comme la leur. Bien que cette ouverture fût située sur la face sombre de la lune, une lueur y brillait. Pâle et maladive, elle laissait pourtant distinguer l’intérieur du gouffre.
Tout en bas, un diaphragme le fermait. Un diaphragme de métal et de pierre. Sombre. Gigantesque.
Le doigt du robot se tendit et un large pinceau de lumière balaya l’air devant eux, déposant sur la projection, des repères fluorescents.
– Là ! Sur tout ce pourtour et de ce côté,  à intervalles réguliers. Tu les vois ?
– Oui ! Qu’est-ce que c’est ? On dirait des capteurs.
– Effectivement, mais tu n’as jamais vu ceux-là autrement que dans les bases de connaissances du New-Éridan. Ce sont des capteurs comme on en installe dans les zones d’alunissage souterrain ; ils permettent l’ouverture automatique ou contrôlée des sas d’accès par les appareils et vaisseaux en approche.
– Comment ça ? Tu veux dire… que c’est humain ?
– Cela ne me paraît ni possible ni crédible. Je n’ai pas la mémoire du New-Éridan ni de Dasha, mais je sais que ce secteur n’a jamais été exploré. Des travaux d’une telle envergure n’auraient pu être oubliés. Non ! Ce n’est absolument pas humain.
– Qu’est-ce qu’on fait ? On y va quand même ?
– Hum ! Ce n’est guère prudent.
– Les sondes indiquent qu’il n’y a pas de signe de vie.
– Pas de vie carbonée… Ce qui ne veut pas dire absence totale de vie. Les sondes ne sont pas équipées pour pousser aussi loin les analyses. Elles ne détectent pas de vie carbonée, ni de différences de températures permettant de croire à de la vie… mais…
– Ok ! Ok ! Mais on y va quand même ! Si jamais… y’avait… Je sais pas…
– Que feras-tu une fois dans cette lune ? Ta combinaison de survie n’a qu’une autonomie de douze heures. Tu n’as aucun véhicule pour te déplacer dans son immensité. À supposer qu’une vie intralunaire ait existé sur ce monde, qui te dit qu’il en restera quelque chose d’utilisable ?
– Ben, j’aurais peut-être plus de chance de survivre. De toute façon, si je dois clamser, ça changerait pas grand-chose pour moi que ce soit dedans ou ici. Alors…
– Bien !
Le robot posa sa paume sur le tableau de commande et programma la capsule, veillant à économiser l’énergie au maximum. D’un revers de main dans l’air, le garçon effaça la projection et son regard se posa sur le lointain soleil qui brillait à peine, rouge et orangé, là-bas, par-delà la planète et son satellite, à quelque cent-soixante-douze millions de kilomètres.
Quarante-neuf heures furent nécessaires pour rejoindre la trajectoire d’EPK 987-15 et se positionner près du satellite. La capsule usa des vents et de l’énergie solaires qu’elle pouvait récupérer, économisant au maximum ses ressources et tentant de recharger ses moteurs. Les sondes avaient consommé tout leur comburant et s’étaient autodétruites, leur mission accomplie ; le robot avait calculé qu’ils n’avaient pas les moyens de les récupérer sans entamer les réserves de survie du garçon.
Pour approcher, Vaneck décida de profiter des effets gravitationnels, tout en restant le plus possible sous le feu des rayonnements solaires. Ils se dirigèrent vers le plus proche gouffre, que le garçon avait nommé par jeu « le gouffre du Médian ».
Durant la fin du vol, Micka ne cessa de tanguer, passant de l’apathie la plus totale à une volubilité décousue, changeant sans cesse de sujet, allant du rire aux larmes, d’une folle excitation à une peur intense face à l’inconnu qui les attendait, d’un émerveillement agité à une irritabilité irraisonnée. Le robot ne prit ombrage de rien, veillant à ce qu’il se nourrisse et boive régulièrement. Il le laissa se fatiguer à des exercices corporels et à rester sous la douche sèche de longues minutes. Quand il était assis, le jeune garçon baissait fréquemment la tête, fermait les paupières puis sursautait et regardait de tous côtés, l’air hagard durant plusieurs secondes.
Lorsque la capsule plongea et que le diaphragme apparut devant eux, le garçon était comme fou. Il transpirait, frottait sans cesse ses paupières puis essuyait la sueur qui perlait sur son visage. En découvrant que le diaphragme s’ouvrait automatiquement à leur approche, il resta bouche bée et yeux écarquillés.
D’immenses déflecteurs s’allumèrent durant leur progression, éclairant le gouffre. La capsule déboucha dans une grotte titanesque, alors que l’ouverte se refermait derrière eux. Même Vaneck se tut en découvrant les lieux. Leur appareil commença à longer la cavité intralunaire dans laquelle ils se trouvaient. D’après leurs capteurs, cette gigantesque caverne devait mesurer douze ou treize cents mètres de hauteur pour plusieurs centaines de kilomètres de longueur ; sa largeur dépassait les trois kilomètres. Le sol était lisse, donnant l’apparence d’être vitrifié.
– Silicate. Une couche de biotite de deux à trois cents mètres d’épaisseur. Recouverte d’un vernis extrêmement résistant. Analyse non significative, lança le cerveau-computeur.
D’immenses bandes de couleur délimitaient des zones, des îlots aux formes étranges. Sur certains d’entre eux, reposaient des constructions aux formes semblables à des cristaux. Des ouvertures, marches, rampes et autres structures indiquaient qu’il ne s’agissait pas là d’éléments naturels.
Brusquement, Micka se dressa et tendit le doigt.
Des alignements de vaisseaux étaient visibles. Des milliers de nefs, soigneusement rangées, de toutes tailles et de toutes formes. Des navires spatiaux, des navettes, des jourgkans, des albédans, des lanceurs, des barges spatiales, des skiffs stellaires, des voileurs, des vaisseaux-grabeurs, des… La tête lui tournait.
Il y avait là tout ce que l’humanité avait produit et conçu de véhicules spatiaux depuis plusieurs millénaires. Une collection immense et qui lui parut sans fin. Le projecteur holographique de la capsule faisait défiler, à vive allure, les vaisseaux qu’il reconnaissait, affichant tout ce qu’il en connaissait.
Puis, aussi soudainement qu’elle avait débuté, la collection cessa pour être remplacée pour une suite d’engins aux formes inconnues et torturées, que l’IA de la capsule s’avéra incapable de reconnaître. Là aussi, il y en avait des milliers. Effilés ou massifs, mais tordus, cassés, repliés sur eux-mêmes.
– C’est alienique, Vaneck ? C’est des vaisseaux aliens ? C’est pas humain, ça ?
Le robot hocha la tête, alors que le garçon criait et tendait le doigt. La seconde collection avait cessé ; une troisième apparaissait. Objets immenses, translucides, qui paraissaient être organiques et non plus composés de minéraux ou de métaux.
– On… On dirait des animaux, des êtres vivants figés… des… je sais pas comment dire…
– Des spécimens taxidermisés.
– Ouais, comme s’ils étaient morts… mais presque vivants quand même… C’est… quoi tout ça, Vaneck ? On est où ? Qui a fait tout ça ?
Une nouvelle collection apparut, véritable capharnaüm d’engins qui auraient pu en bois taillé, en verre filé ou même en roche sculptée. Parfois courtauds et massifs, parfois aussi fins et légers que des libellules, tous étaient couverts de membranes et de voilures solaires dont la plus grande occupait les deux kilomètres de large cette salle apparemment infinie.
Le garçon se tenait sur la pointe des pieds, le corps tremblant de peur et d’excitation mêlées. Il poussait parfois un cri, montrant l’une ou l’autre de ces formes. Le robot se taisait.
La capsule avançait lentement économisant son énergie par un vol régulier. Tous ses appareils de détection et d’analyse scrutaient sans cesse les alentours. Elle profitait du mélange de gaz, épais et chaud, remplissant l’immense cavité pour planer et réduire la puissance de ses moteurs. Aucun danger n’était décelable.
Puis, soudain, Micka fit la grimace et se laissa tomber dans son siège. Devant eux, une brume, épaisse et grisâtre, était apparue et remplissait leur champ de vision.
– On va entrer là-dedans ? Tu crois que ça craint ?
– Les capteurs n’indiquent rien. Cette cavité se poursuit au-delà. Si on excepte les irrégularités de la paroi, au-dessus de nous, nous parvenons à conserver notre altitude. Aucun obstacle avant cinq kilomètres et demi.
Le garçon ne répondit pas. Ses mains se portèrent à son ventre et il émit un spasme de douleur, serrant les dents. Il dégrafa le col de sa combinaison alors que la sueur inondait son front et son visage. Il avait du mal à respirer et ses yeux se révulsaient, laissant apparaitre le blanc de leurs globes.
Aussitôt Vaneck se leva, ouvrit un tiroir. Il y saisit un injecteur auquel il visa une dose de neuroleptique et d’anxiolytique. Il retourna vers le garçon, dont la tête était déjetée en arrière. Tira le côté de son col pour dénuder le cou et l’épaule, il pinça la veine jugulaire externe et y enfonça l’aiguille. Le liquide opalescent s’engouffra dans le cou du garçon qui tressaillit à peine, mais se calma rapidement. Le robot s’activa ensuite sur les commandes de la capsule, observant régulièrement le garçon, qui s’était replié sur lui-même, un mince filet de bave au menton. Ses paupières étaient closes ; respiration et rythme cardiaque étaient redevenus normaux.
Quand il émergea de sa torpeur, la capsule avait surgi de la brume. Un kilomètre devant eux, un immense mur barrait la cavité.
– Que… Qu’est qu’y s’est passé ? Je…
– Reste assis, tranquillement. Cette brume que nous avons traversée est en quelque sorte vivante. Elle est parvenue à pénétrer dans la capsule. Tu en as respiré, ce qui a provoqué une crise aiguë d’angoisse et de stress. J’ai traité l’atmosphère ; tu ne risques plus rien.
Micka ne répliqua pas. Sa mère lui manquait brusquement et son visage lui apparut ; il crispa les poings, ferma les yeux. Quand il les rouvrit, le mur était proche et le robot pilotait leur minuscule engin vers une plateforme.
– Combinaison de survie et casque intégral, Micka. Je suppose que tu voudras sortir ? demanda l’androïde en immobilisant la capsule avec douceur face à une ouverture si sombre qu’il ne l’avait pas remarquée auparavant.
L’orifice béant était assez grand pour engloutir plusieurs vaisseaux comme le leur passant de front. Le garçon se leva, sourcils froncés, et partit à l’arrière. Tant bien que mal, il se glissa dans une combinaison de survie, elle aussi frappée du monogramme blanc du New-Éridan. Il enclencha le bio-adaptateur ; l’épaisse tenue se moula à sa taille et à sa morphologie puis le serre-cou se grippa et l’enserra doucement. Vaneck y verrouilla alors le casque de survie, durant que la vêture se remplissait d’une épaisse et tiède gelée recouvrant sa peau nue jusqu’au serre-cou et le protégeant de tout écart de pression ou de température.
– Pression extérieure d’un zéro trois g. Présence de gaz légèrement toxiques. Environ quatre-vingts pour cent d’azote. Deux pour cent d’hydrogène. Six pour cent d’oxygène. Neuf pour cent d’anhydride carbonique. Trois de sulfates, dioxydes d’astate et de brome. Traces de potassium volatil et d’iode.
La console du petit vaisseau égrenait tout ce qu’elle pouvait analyser, mais le garçon n’écoutait pas. Il regardait le robot ouvrir la cupule arrière et se laissa pousser dans le premier sas de sécurité et de dépressurisation. Arrivé dans le second, il saisit un crablaser, le plaquant en tremblant contre sa ceinture aimantée. Lorsqu’il découvrit l’immensité de la cavité et la brume qu’ils avaient traversée, il se recula et agrippa une seconde arme de poing. Il déglutit péniblement en posant un pied puis l’autre sur la plateforme.
D’un clignement de paupières, il changea les filtres chromatiques de son casque et parcourut du regard les lieux, écrasé par cette immensité et tremblant d’un soudain froid intérieur. Lorsque Vaneck posa sa main, pourtant avec douceur sur son épaule, Micka cria de peur et se recula, arme pointée vers le robot. Il tira sans réfléchir. L’androïde réagit en pivotant et immobilisa le gant armé avant son second tir.
– Doucement, Micka ! Ce n’est que moi. Il n’y a aucune présence vivante ou robotique ici. Si tu veux, garde l’arme que tu as à la ceinture, mais donne-moi celle-ci. Tu ne peux pas manier les deux, n’est-ce pas ?
Le garçon hocha la tête et laissa le robot lui retirer le crablaser, l’absorbant dans son avant-bras comme un étrange doigt supplémentaire. Puis, d’un pas mal assuré, Micka se dirigea l’ouverture béante et en franchit le seuil. Une lueur orangée et fauve tamisa les murs irréguliers quand il posa le pied dans l’immense couloir.
Une nouvelle fois, le garçon se figea.
Les murs n’étaient pas sculptés, mais donnaient l’impression d’avoir absorbé des entités. Des êtres tourmentés, tordus, grotesques et irréels, sans aucune once d’humanité, y étaient engloutis du sol à la voûte. L’enfant était incapable de dire ce qu’ils étaient. Leurs formes étaient vaguement insectoïdes ; carapaces, griffes, gueules, yeux et ocules, globes et pointes, ailes et membranes, coques et des milliers d’autres formes s’emmêlaient intimement. Toutes étaient figées, inertes. Elles ne donnaient aucune impression d’agressivité ou de combativité, simplement incrustées dans les parois. Elles paraissaient attendre que quelque chose survienne et les réveille. Micka eut la pénible impression que tout espoir avait quitté ces lieux, comme si la vie n’était qu’une vacuité sans fin et que ces êtres étaient prisonniers d’un temps perdu, d’une arche de mort qui les aurait aspirés, qui auraient laissé se débattre et tenter de s’enfuir, jusqu’à ce qu’ils comprennent l’inanité de tout effort et se figent là.
Instinctivement, la main de Micka chercha celle de Vaneck et la saisit à travers son épais gant de protection. Le robot la serra doucement, vérifiant les indicateurs corporels du garçon. Pression sanguine, tension, pouls, respiration, déjections et exsudations. Par précaution, il enrichit légèrement le mélange oxygéné qu’il respirait et alluma la frontale de l’enfant.
Ils progressèrent dans l’étrange tunnel. Le garçon nota qu’au fur et à mesure de leur avancée, les formes, sur les parois, se délitaient, s’estompaient, se transformant peu à peu en simples protubérances, en pâles nodosités, se lissant, comme si les murs les avaient ingérées depuis plus longtemps que les autres. Quelques bouches ou gueules apparaissaient encore çà et là, ouvertes sur un cri, un appel pathétique, un désespoir innommable, implorant une aide qui ne viendrait jamais. Puis tout s’effaça, avec lenteur. Les lueurs qui nimbaient le tunnel s’atténuèrent ; les murs et parois, la voûte puis le sol s’estompèrent peu à peu comme devenant la nuit, l’espace lui-même. Des étoiles se piquetèrent dans cette noirceur ; des traînées de galaxies, d’aurores boréales nimbèrent ces ténèbres, apparaissant, disparaissant çà et là ; touffeur et givre les entouraient par instants. Vaneck voyait les paramètres extracorporels du garçon s’affoler et ses propres senseurs basculer d’un extrême à l’autre.
Puis, brusquement, ils se retrouvèrent dans l’espace.
Ils n’étaient plus dans le cœur d’un satellite planétaire, mais au-dehors. Debout devant l’immensité et le néant. Ils étaient face à l’univers stellaire ; mes étoiles brillaient dans tous les tons perceptibles, les entourant de milliards d’escarbilles, laissant apercevoir la blancheur de la Voie lactée et sa lueur presque chaude. Micka s’arrêta, bouche ouverte devant ce si brutal changement.
Étrangement, il se sentait calme et paisible. Il connaissait ce décor. Il l’avait toujours connu ; il y était né et y avait grandi. L’espace. Ses nombreuses sorties autour du New-Éridan, dès qu’il avait été en âge de le faire, l’avaient habitué à le connaître et à l’aimer, à s’y sentir plus heureux et à l’aise que dans le vaisseau.
Mais cela ne dura pas. Il tenait toujours l’une des mains du robot et s’y agrippa plus fermement alors que, sous ses yeux, la galaxie parut se replier, se tordre comme la coquille d’un œuf, avant de se modeler en un masque immense, incommensurable.
Ce fut d’abord le visage de sa mère qui apparut et fut remplacé par le sien. Suivi d’Héjink, le commandant du New-Éridan, son probable-père, puis, un par un, de chaque membre de l’équipage. Ces visages avaient la bouche ouverte, déformée sur un cri, un appel inaudible. Lorsque le dernier visage eut apparu, le masque se lissa. Micka vit alors son propre visage réapparaitre et vieillir jusqu’à devenir une tête d’homme âgé, au crâne chauve, au menton orné d’une barbiche mal taillée, aux yeux rapprochés, un visage chiffonné, presque chafouin, avec des paupières plissées et des sourcils épais.
La bouche s’ouvrit et un rire cosmique s’en échappa.
Le visage se déforma de nouveau, des formes, des bulbes le hérissèrent, comme s’il refusait sa nouvelle transformation, comme s’il refusait ce qui arrivait.
L’enfant hurla et se laissa tomber. Devant lui, le visage de sa mère disparue se matérialisa et cria dans le néant :
– Mickaaaaaaaa ! Noooooooooon ! Mickaaaaaaaa !
Vaneck crocheta la main du garçon et le tira vers lui. Il frôla l’arrière de sa combinaison et lança une injection de tranquillisants et d’anxiolytiques. Il vit l’enfant s’effondrer, sur un gémissement sans fin. Le soulevant, il le fit basculer par-dessus son épaule, pauvre corps inerte ; devant lui, le visage maternel redevenait celui de l’homme chauve qui lâcha un rire accablant.
Le robot fit demi-tour pour, sans s’occuper de l’étrange vision, refaire le chemin inverse jusqu’à la capsule, gardant son calme et une improbable froideur, surveillant les capteurs corporels de l’enfant évanoui.

Hôpital

– Je suis désolé, madame Lupsania. Ce diagnostic est sans appel. Vous l’avez constaté une nouvelle fois ; ses crises deviennent de plus en plus complexes et intenses, même si elles conservent une trame identique. Il vous tient pour responsable de ce qui lui arrive, de ce qu’il est. Il sait que vous lui cachez ses origines ainsi que l’identité de son père. Il vous en garde une rancune inconsciente, mais d’une sauvage intensité. D’où, à chaque crise onirique, votre mort brutale, qui ne laisse aucune trace de vous par cette perte dans l’espace, cet anéantissement.
Le visage du docteur Sanders était lisse et calme ; seul son menton orné d’une barbiche hérissée et mal taillée s’agitait. Son crâne chauve luisait sous l’éclairage de la pièce lambrissée de bois, au mobilier fait d’essences rares. Ses yeux chafouins brillaient derrière les étonnantes bésicles, issues d’un monde disparu voici quelques millénaires ; ils bougeaient sans cesse, ne parvenant pas à fixer son interlocutrice, mais jetant de fréquents regards autour de lui, vers les cadres holographiques de grands artistes qui ornaient la pièce, ou vers les deux murs de résine plastogénique dans lequel étaient emprisonnés, pour l’un, des centaines de miniatures de vaisseaux stellaires et de navettes spatiales, et pour l’autre des milliers d’insectes et de créatures anamorphiques. Comme à regret, ces yeux finirent par se poser un peu plus longtemps sur la jeune femme qui murmura :
– Mais vous savez bien que… je ne peux pas lui dire ce qu’il en est… Je n’en ai aucun droit. Je… j’ai tenté plusieurs fois de lui expliquer… mais ce n’est guère facile… Vous comprenez bien que…
Le visage bouleversé, Sarah Lupsania pressait ses mains l’une contre l’autre.
– Je sais. Sa Majesté ne souhaite pas que l’on apprenne tout cela avant que la révolution ne se soit calmée. Cette naissance et cette filiation doivent rester secrètes, même si sa Majesté veille à ce que vous et votre fils ne manquiez de rien. Hélas, l’Empereur nous impose ces mêmes restrictions et ce même secret, ainsi que le devoir de tout faire pour lui. Nos pouvoirs sont bien trop limités, malgré nos efforts.
Il soupira avant d’ajouter :
– Votre fils ignore tout cela ; il n’a finalement conscience que de votre incapacité à lui dire qui est son père. Il a pourtant des doutes et, à chaque crise, son probable-père reste toujours le plus gradé des officiers ou des princes dans les mondes qu’il se crée. Mais il n’arrive ni à admettre ni à comprendre ce que cela signifie. Cela ne fait qu’aggraver sa schizophrénie ; cette dernière prend une ampleur que nous n’arrivons plus à bloquer et encore moins à réduire.
« D’un autre côté, sur le plan physiologique, tout est redevenu normal ; sa fièvre est tombée et l’appendicectomie ainsi que le retrait du diverticule de Meckel – que nous avons dû pratiquer in extremis, voici quelques jours – n’a laissé aucune séquelle psychologique. Mais cela ne l’a pas non plus réveillé à la réalité, hélas.
– Je… Il n’y a vraiment rien à faire ?
– Je crains que non. Il est parti dans un monde qui dépasse nos connaissances ; toutes nos tentatives de symbiose neurale avec des robots psycho-adaptatifs, même les plus puissants comme Ébron ou Apotropaos, n’ont rien donné. Vous l’avez vu une nouvelle fois. Il n’y a pas de retour réel de son esprit vers nous, tout au plus une perception de ce qui l’entoure de très près. Il se replie de plus en plus sur lui-même et s’est tapi dans un univers de peur, d’angoisse et de névrose que nous ne parvenons plus à atteindre et à canaliser. Comme… comme s’il avait coulé lui-même l’esquif qui lui permettait de revenir jusqu’à nous…
Le visage de Sarah se crispa et les larmes jaillirent sans pouvoir les retenir, alors qu’elle mordait son poing jusqu’au sang. Elle perçut à peine, à ses côtés, le mouvement du robot se redressant de la coque d’analyse qui lui avait permis de plonger dans l’univers extravagant de son fils et de leur faire découvrir l’ampleur grandissante de sa maladie.
Elle sursauta pourtant quand l’humanoïde murmura d’une voix douce, en se tenant devant le docteur :
– Avez-vous encore besoin de moi, docteur Sanders ?
– Non ! Merci, Apotropaos ! Une nouvelle fois, ton aide nous a été très précieuse. Nous ne symbioserons plus ton esprit et le sien avant plusieurs jours. Il faut le laisser tranquille. Il est redevenu calme et serein ; cet état devrait perdurer quelque temps, avec sa nouvelle médication. D’ici là, tu peux reprendre tes tâches neuropsychiatriques auprès des malades que tu suis, mon ami.
– Merci, docteur. Madame, je suis désolé de ne pouvoir faire plus que de vous amener jusqu’à la façade de son esprit. Mais gardez espoir. Il veut vivre, absolument. Il a la rage de vivre. Et, surtout, il vous reconnaît dans chaque rêve.
Levant ses yeux rougis vers le visage expressif du robot, la jeune femme balbutia d’une voix angoissée :
– Oui, il me reconnaît. Mais il me tue aussi ; il crie et pleure ma propre mort. Je ne suis qu’un fantôme, une ombre dans ses cauchemars.
Le robot pinça ses lèvres de synthèse, s’inclina et sortit lentement, passant entre les gardes du corps, humains et cyborgs, qui attendaient devant la porte du cabinet médical. Il emprunta le couloir latéral et rejoignit le tube ascensoriel, glissant jusqu’au quatrième niveau inférieur. Ici, le couloir avait des couleurs douces, calmes, apaisantes. L’humanoïde ouvrit un invisible tiroir à l’accès codé et en sortit un mince paquet de toile.
Les caméras l’identifièrent et le laissèrent franchir les sas sécurisés de la zone EPK, au cœur de l’unité de pédopsychiatrie intensive. Ses pieds glissèrent jusqu’à l’une des portes capitonnées et renforcées, la numéro 987-15.
Il observa quelques secondes par l’œilleton-caméra, plus par caprice humanoïde que par nécessité. Puis il déverrouilla la porte, avança doucement, en veillant à ne pas effrayer l’occupant de la petite chambre aux formes neutres et lissées, décorée et aménagée avec soin. L’enfant était assis dans le lit-coque, baignant dans une projection holographique tridi. Celle d’un jeu spatial. Il leva la tête, intrigué en apercevant le robot.
– Bonjour Micka. Tu vas bien ? murmura ce dernier, en ouvrant le paquet pour en retirer une combinaison unie à larges bandes latérales et à monogramme blanc sur le devant. Tu voudrais bien essayer cela ?
– Vaneck ? C’est toi ? répliqua le garçon en bondissant soudain sur ses pieds nus. Oh, oui ! C’est toi !

L’enlèvement

Quand le lendemain, Sarah Lupsania pénétra dans la zone de sécurité de l’hôpital pédopsychiatrique, elle avait les yeux rougis par une nuit de pleurs. Ses gardes du corps, humains et cyborgs, l’encadraient à distance respectueuse, ne cessant de surveiller les alentours. Christos Jansi, l’un des pédopsychiatres de l’unité EPK, se précipita jusqu’à elle en la reconnaissant :
– Dame Lupsania ! Nous n’avons plus aucune information. Vite, suivez-moi ! Le palais impérial a appris la chose en même temps que vous et a lancé des équipes de recherche dans la cité et dans toute la province. Les vaisseaux sont en alerte et…
– Comment est-ce possible ? Comment a-t-il pu sortir de la chambre et s’échapper de cet hôpital ? Je croyais que tout était sécurisé, qu’il n’avait pas assez de contacts avec le monde réel pour parvenir à sortir de sa chambre et…
Elle courait derrière le jeune psychiatre. Ils débouchèrent dans une grande salle de surveillance bardée de rétro-écrans, de plaques de virtualisation et d’indicateurs, d’écrans holographiques affichant des images de chambres de malades, et de centaines d’autres éléments. Une équipe de sécurité et de protection militaire se tenait sur l’un des côtés. Sarah reconnut le colonel Hendjien et se précipita vers lui, oubliant toute retenue, tout protocole et même toute prudence.
L’homme, sec et nerveux, se tourna vers elle avant qu’elle ne l’appelle.
Mais une lieutenante-grabeur lança à ce moment-là :
– Colonel ! C’est confirmé, ils ont quitté tous les réseaux. Ils se sont totalement dégrafés. L’un et l’autre. Aucun des centres de surveillance n’arrive plus à les regrafer depuis leur sortie de l’hôpital.
– C’est impossible, s’exclama l’un des ingénieurs de sécurité présents. Un robot, même un apotropaïque, ne peut se dégrafer du réseau. Leurs systèmes de sécurité les en empêchent. Et puis il est impossible de transformer la signature ADN du garçon. Impossible ! Il ne peut pas lui faire une transmutation génétique sans équipement.
– Impossible ou pas, ils l’ont fait, répliqua avec rage la lieutenante. Nul ne les voit plus depuis qu’ils ont franchi la porte du sous-sol de ce foutu hôpital !
– Que… que voulez-vous dire ? balbultia Sarah. De quel robot parlez-vous ? C’est bien de Micka qu’il s’agit, n’est-ce pas ? Pas d’un robot ?
Le colonel lui prit la main et répondit avec le plus de délicatesse qu’il parvint à mettre dans sa voix habituée à la sècheresse du commandement :
– Dame Lupsania, un robot a fait sortir votre fils de cet hôpital. Nous ne savons pas encore comment il y est parvenu. Mais lui et votre fils sont devenus invisibles de tous les réseaux de notre planète, ainsi que de nos satellites. Nous ne savons pas où ils sont allés, mais nous les cherchons et nous les retrouverons. Je vous le promets !
– Un robot ? Quel robot ? Comment… je…
– Il s’agit d’Apotropaos, répondit le jeune psychiatre. C’est lui qui a été en symbiose neuro-cervicale avec votre fils lors des six dernières séances…
– Non ! Non ! Non ! Ce n’est pas possible ! Mon fils… Mickaaaaaaaaaa ! Noooooooooon ! Mickaaaaaaaaaa !
Le jeune docteur eut à peine le temps de se précipiter tandis qu’elle s’évanouissait.


La fuite

– Je… Tu es sûr qu’il fallait prendre ce vaisseau-là parmi tous les autres qu’il y avait ? questionna le garçon.
Vaneck se tournait vers lui, activant le pilotage automatique qui arrachait l’immense vaisseau stellaire de l’attraction du système. Loin derrière eux, EPK 987-15 et Daath n’étaient déjà plus qu’une simple tache sombre dans l’espace.
– Oui ! C’est un modèle RJE, un Rod-J-Escamilla. Ce vaisseau est chargé en énergie et son noyau est capable de s’auto-réparer sans équipage, techniciens ou ingénieurs. Il nous amènera là où nous le souhaitons sans trop de difficultés.
– Là où… On… On va aller où ? Je n’ai nulle part où aller, aucune planète vers laquelle revenir. Je suis né dans l’espace, sans attache, sans rien… et je n’ai plus rien.
– Nous pourrions aller jusqu’à Tentador. Jusqu’à l’empire Hojikien.
– Pourquoi ? … Parce que maman est née là-bas, c’est ça ?
– Oui, elle avait toujours de la famille là-bas. Tu as encore une grand-mère et quelques oncles qui y vivent. C’est ta famille.
– Je voudrais tant que maman…
Les larmes coulèrent doucement sur ses joues.
– Micka ?
La voix du robot n’avait jamais été aussi tendre, presque maternelle.
– Oui ?
– Tu te souviens de tout ce que tu as appris ? Sur l’espace et les univers ?
– Je… Il y avait tellement de choses. Je… je crois. Oui !
– Tu te souviens de la loi de Jorsi et des théories jorsisiennes ?
– Heuh… Un peu… Les trucs sur les univers divergents et convergents.
– Oui. Et tu te souviens de la loi ?
– Ben, c’est une dérivée des théories neuro-quantiques… Si je me rappelle, quand on atteint une certaine vitesse relative à la masse-énergie et quand on se déplace le long de la courbe d’expansion d’une galaxie, on peut progresser sur l’axe du temps dans un sens ou dans l’autre, revenir à des univers antérieurs ou aller vers des univers futurs. C’est des équations d’upsilon bêta carré… et tout ça.
– C’est ça, Micka.
– Heuh… Et alors ? Ça nous aide ?
– Oui ! Énormément ! Parce que les RJE ont un noyau plasmo-alumnique autoréparable en mode jorsisien. C’est le seul type de vaisseau humain qui ait pu être conçu en appliquant ces lois. Le seul, car il coûte aussi cher qu’une galaxie entière à construire. Mais aussi parce qu’aucun de ceux qui ont été envoyés dans l’espace connu n’est reparu. On pense que les lois jorsisiennes se sont appliquées à leurs déplacements. Ce vaisseau peut réguler sa masse-énergie et sa vitesse relative suivant une équation jorsisienne.
– Ah…
– Donc, théoriquement, on peut se déplacer sur la courbe galactique et rechercher un univers divergent postérieur ou, pour nous, antérieur.
– Tu veux dire… que… qu’on peut revenir à… autrefois ?
– Oui… Aller sur Tentador en suivant cette courbe galactique et rechercher l’univers où ta maman était encore là-bas, avant qu’elle ne parte sur le New-Éridan…
– Je… Mais c’était avant que je sois né… Maman ne saurait pas qui je suis…
– Une mère sait reconnaître ses enfants. Toujours… Veux-tu que nous fassions cela ? Que nous retournions voir ta mère ? Que nous la rejoignions ?
Micka se tut. Ses yeux fixaient l’infini qui était devant lui, face à l’œil du vaisseau. Puis il se tourna vers le robot et murmura :
– Oui ! Je… je voudrais bien revoir maman. Peut-être que tu as raison. Peut-être qu’elle me reconnaîtra… et que… que je serai plus tout seul.
Puis il balbutia :
– Mais je serai vieux quand on arrivera, non ?
– Non. Si on remonte la courbe temporelle le long de la courbe galactique, tu n’auras pas le temps de vieillir. Même si nous mettions quelques années pour cela, nous remonterions simultanément le temps et tu garderais ton âge, au final. Cela t’irait ainsi ?
– Je… Oui… Oui…
Les yeux de l’enfant se tournèrent de nouveau vers l’immensité. Les larmes roulèrent sur ses joues tandis que, d’une voix brisée, il murmurait :
– Maman ! … Maman ! … À l’aide ! Je t’en prie…
Vanek poussa les moteurs à pleine puissance.
Peut-être arrivait-il à le ramener dans la réalité…
Peut-être…

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