Sous la lumière d'Hélios de Dominique Lémuri

 Sous la lumière d’Hélios

Dominique Lémuri
Éditions Armada.

 


4e de couverture

2420. Eltanis, planète synchrone en orbite autour de Gliese 581, à vingt années-lumière de la Terre. Une colonie humaine de quelques milliers d’âmes s’y est établie et accueille un nouveau contingent de pionniers. Parmi eux, Clara MacQueen, une jeune télépathe au lourd secret, qui devra se battre pour survivre.

Quels mystères ce monde recèle-t-il sous son crépuscule permanent ? Quelles étranges formes de vie, dangereuses et envahissantes, croiseront la route de Clara ?

Et surtout, qu’est le Vood ?

Pour le découvrir, embarquez pour Eltanis !

Retour de lecture

Cela faisait quelque temps – deux ans pour être plus précis – que je n’avais pas avalé de « pavé littéraire ». Avec ses quatre cents pages de texte, « Sous la lumière d’Hélios » forme un bel objet par son poids et sa taille.

Et, du coup, il y a toujours une certaine appréhension à pénétrer dans un tel roman, d’autant qu’il s’agit là du premier de l’autrice et qu’à part, quelques privilégié.e.s, nul.le ne l’avait encore lu et n’avait émis quelque commentaire que ce soit au moment où je l’ai pris durant le Salon des Aventuriales. Mais, voilà, voilà, entre curiosités et le fait de connaître ladite autrice…

1 – L’histoire telle que je l’ai perçue

Celle-ci démarre sur la base de deux personnages bien particuliers. Il y a d’abord Clara McQueen, jeune orpheline, débarque sur Eltanis, installée au tout dernier moment sur le « Rêve de Cassiopée » – à bord duquel elle ne connaît pratiquement personne – un vaisseau terrien qui s’était élancé vers cette étrange planète. Ensuite, apparaît Yul Pehlivan, lieutenant et ancien commando, qui possède au lourd passé militaire et dont l’enfance a bien des points communs avec Clara. Tous deux vont se retrouver réunis lors de la sortie de biostase de la jeune femme, une « sieste » qui aura duré ces longues années de voyage. Et ce rapprochement est dû au fait que, modifiés, ils sont devenus télépathes… une capacité que Clara n’a jamais appris à maîtriser.

Mais, à peine installés sur Eltanis, nos deux héros seront englués dans les filets de plusieurs « conflits » et les batailles vont être rudes, tant mentalement que physiquement.

Le premier de ces clients tient plus de la tension que de la guerre, une tension due, entre autres, aux différences historiques et techniques entre les Augmentés et les Anciens. Les premiers sont utilisateurs et possesseurs de technologies plus récentes de la Terre ; partis après ces Anciens, ils sont arrivés avant eux et ont commencé à coloniser un petit « bout » de la planète depuis trente ans. Les seconds, à bord du « Rêve de Cassiopée », tombent de fort haut en découvrant qu’ils ont été précédés et qu’ils se retrouvent dépendant de ces Augmentés.

Deuxième conflit, plus complexe, celui des Augmentés avec les Tanissiens qui ont rencontré ce fameux Vood indiqué dans l’accroche du 4e de couverture.

Quant à troisième, lié au passé de la planète autant qu’au Vood, il est le plus dramatique et ne révélera que tardivement.

2 – Ressenti

Voilà clairement un récit qui touche trois domaines. En premier, la science-fiction bien évidemment, mais aussi l’aventure ; c’est franchement un roman comme j'en dévorais gamin et ado. Il commence à pleine puissance [Clara manie les poignards de jets avec une méchante dextérité et précision], dispose de personnages forts et hauts en couleur, jusque dans la dizaine de « rôles secondaires » [N’Diaye et Llo ne sont pas sans ressources, par exemple] et on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Même si l’autrice m’a annoncé qu’elle avait prévu des pauses pour ménager le lecteur, je constate qu'elle ne fait que nous laisser avaler une goulée d'air avant de nous replonger aussi dans la vague suivante.

J’ai écrit trois domaines. Le dernier est celui de la magie. Parce que le Vood – ainsi que quelques autres petites « choses » que je ne dévoilerai pas et qui surviennent vers la fin – tiennent de l’irrationnel et du magique. Chacune de ces particularités vient imprégner les facettes « technologiques » de « connaissances scientifiques éthérées ».

Le trio fonctionne bien et c’est agréable, tant à lire qu’à imaginer – les tatoos d’humeur ajoutant une touche poétique à l’aventure.

Plusieurs scènes m’ont agréablement rappelé le « Cycle des Inhibiteurs » (et principalement l'Arche de la Rédemption) d’Alastair Reynold, sans le côté hard-SF qui lui est propre (cycle dont j'avais une présentation il y a déjà deux ans et demi et que je remettrai sur ce blog).

3 – Petits bémols

Ceci dit, j’ai quelques légers bémols.

D’abord de minuscules incohérences, çà et là (et j’insiste sur le « minuscule »). J'ai noté à la fin quelques contacts physiques avec une personne considérée comme contaminée (main sur l’épaule ou autre). Heureusement, l’écriture est fluide, l’histoire prenante et les événements intrigants, ce qui fait qu’on ne s’attarde même pas à cela.

Ensuite, il reste pas mal de questions ou d’étonnements. Ainsi, en lisant une simple référence à un rover martien, je me suis interrogé « Tiens ! Mars seront donc colonisée ? ». Bingo ! Quelques chapitres passent et, soudain, ceci est avéré. Mais alors pourquoi les Terriens qui m’ont l’air bien empêtrés dans les « emm… » jusqu'au cou – comme aujourd'hui hélas – envoient-ils quelques pauvres milliers de personnes si loin ? En plus, ces bougres-là récidivent quelques années plus tard. Pourquoi expédier ce beau monde sur une planète quand même sacrément peu sympa – bon, reconnaissons qu’à distance ce n’est pas facile à savoir, n’est-ce pas ?

Là encore, pas de souci, durant la lecture, mais les questions demeurent dans ma petite tête. Comme celle de se demander pourquoi les enfants Tanissiens existent et sont évoqués, mais pas ceux des Augmentés.

Heureusement ce ne sont que broutilles qui ne gênent en rien et qu’on excuse aussitôt pour ce premier roman.

Le seul hic pour moi sera ces quelques pages de récit éthéré et médusien, et ce uniquement parce que ce n’est pas mon trip. J’avais déjà fait la grimace à ce genre de choses dans un film célèbre et très musicalisé d’un certain Kubrick [j'ai ainsi trouvé çà et là de belles références SF].

Euh, mais pourquoi évoquer tout ça si ce sont des peccadilles ? Parce qu’elles ajoutent un petit quelque chose à l’histoire et qu’elles laissent comprendre que le prochain roman de l’autrice risque d’être encore plus génial en les améliorant.

4 – Au final

Au final, au final…

C’est une histoire terrible car lue en trois jours. C’est un roman agréable, mouvementé, avec des persos très riches – et une héroïne digne héritière de certaines autres – autant qu’un monde complètement déjanté quand même, mais fort bien décrit et intrigant, avec une flore et une faune à la fois dangereuse et poétique. Les organisations et modes de vie des groupes « locaux » présentés le sont fort bien – on ne reste pas trop sur sa faim – et les événements s’enchaînent sans temps mort. Le grand plus est que tout cela est teinté de questionnements sociétaux et humains, que ce soit nos rapports avec la technologie de plus en plus folle que nous utilisons ou utiliserons, que ce soit nos rapports entre nous, humains, aussi bien qu’avec la nature et son équilibre, mais aussi bien d’autres que je laisse appréhender.

Bref, c’est bien écrit, entraînant, émotionnellement fort – on est vraiment aux côtés de Clara – et très addictif – nooon, je n’ai pas peur de le préciser, parce que certains romans me tombent des mains et que, là, hormis l’épisode éthéré, je n’ai pas sauté un seul mot.

Étant auteur avant d’être blogueur, je ne chronique qu’assez peu de livres et je ne le fais que sur ceux qui m’ont réellement plu et dont j’ai su parler. Et là, c’est boum-boom-coup-de-cœur, parce qu’il s’y trouve tous les ingrédients de ce que j’aime lire.

5 – Le bonus

Outre cette aventure endiablée, on a droit à des illustrations intérieures de Jean-Mathias Xavier qui est plus que doué pour présenter des personnages et leur donner vie, avec des visages détaillés et expressifs. Chacune des 4 parties est ainsi précédée d’un des acteurs majeurs et le tout se termine sur un porte-folio de 17 graphiques dont 9 portraits, chacun étant bien sûr nommé.

Ce qui me fait dire que c’est là un bel ouvrage à lire, mais aussi à offrir.

Mais aussi que je n’avais pas été enthousiasmé ainsi depuis pas mal de temps, qui plus est par un premier roman.

Ah, et sinon, c'est par ici, chez l'éditeur :

https://www.editions-armada.com/catalogue/sous-la-lumiere-d-helios



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